jeudi 27 mai 2010

A l’attention de Thierry RENAUDIN (Directeur Général ARCELOR MITTAL)

Monsieur le Directeur,



J’ai le regret de vous informer de la colère de tous les riverains de l’agglomération de Rombas.

En effet, les rejets de poussière et de gaz deviennent carrément insupportables. J’ai fait installer d’ailleurs des caméras à proximité et les enregistrements ont constaté que votre usine dépasse très largement les rejets autorisés.

Je suis maire depuis 45 ans et j’ai bien conscience que la sidérurgie est un métier de passion.

J’ai vécu toutes les restructurations, j’ai vécu la nationalisation DE WENDEL-SIDELOR qui s’est réalisée d’une façon un peu surréaliste… Le Premier Ministre de l’époque, M. Raymond BARRE, avait donné 15 jours à M. DE-MITRY, PDG du Groupe, pour dégager les lieux.

L’Etat s’est donc accaparé toute la sidérurgie française sans débourser un centime. J’ai bien entendu également vécu l’aventure de l’aciérie de Gandrange avec le TAB et le LCB.

Tout le monde savait que cette aciérie était inadaptée. On avait transformé une aciérie à oxygène KALDO en aciérie électrique.

Cette installation rafistolée n’a jamais fonctionné. M. MITTAL l’a acquise au franc symbolique pour s’en servir ensuite comme cheval de Troie dans la sidérurgie européenne.

Bien entendu, M. MITTAL n’a consenti pratiquement aucun investissement dans cette aciérie pour lutter contre la pollution.

Lorsque l’objectif final a été atteint par l’OPA de M. MITTAL relatif à la sidérurgie européenne, l’usine de Gandrange n’avait plus lieu d’être. On l’a fermé en osant prétendre que les protestations du Maire d’Amnéville contre la pollution étaient de nature à influencer la décision de MITTAL.

Il faut savoir que lorsque s’annonçait le déclin de la sidérurgie lorraine, j’ai doté ma commune d’une reconversion économique dans le domaine du thermalisme et du tourisme. Ce qui paraissait invraisemblable hier, est aujourd’hui devenu une réalité.

Amnéville est une commune entreprise de 2 500 emplois directs et indirects. Elle s’est développée dans le domaine touristique, toute pollution exagérée de la sidérurgie est donc de nature à ternir son image de marque.

Ainsi, lorsqu’on a annoncé la fermeture de l’aciérie de Gandrange, les responsables du site touristique et thermal ont été plutôt soulagés.

Pour compenser cette fermeture d’une aciérie polluante et vétuste, j’ai pris l’initiative de projeter la réalisation d’une aciérie électrique ultra moderne dans un but industriel, mais surtout dans un but écologique, un pays qui exporte ses déchets ferreux étant un pays sous-développé.

En ce qui concerne la filière fonte à Hayange, vous savez très bien que la Direction d’Arcelor avait considéré que la filière liquide n’était plus viable dans la région. Sa fermeture était prévue pour cette année.

De surcroît, pour que l’opinion publique accepte la fermeture de Gandrange, on a réveillé artificiellement la filière fonte à Hayange-Florange. La crise a entraîné la fermeture de cette dernière, et je peux vous affirmer que toutes les populations environnantes à l’agglomération se réjouissaient de l’arrêt de cette usine.

Je ne suis pas polytechnicien mais je suis persuadé que le maintien de la filière fonte n’est qu’une manœuvre provisoire pour calmer les esprits.

Tout le monde sait que l’arrêt de la filière liquide est inéluctable. Quel serait donc l’élément nouveau qui permettrait de contredire les plans prévisionnels de l’ancienne direction d’ARCELOR ?

Il n’y a donc à l’évidence aucune stratégie cohérente pour relancer et pérenniser la filière fonte à Hayange-Florange.

Or, toutes les décisions visant à remettre en route tel ou tel haut-fourneau avec l’agglomération de Rombas, ne peuvent être que le résultat d’un bricolage.

Il n’y a aucun plan d’investissement raisonnable prévu pour les hauts-fourneaux et l’agglomération.

On va donc naviguer à vue, faire fonctionner les installations suivant l’humeur du moment, et bien entendu, ces installations vétustes ne bénéficient d’aucun investissement, ni de modernisation, ni bien entendu de moyens de lutte contre la pollution.

Dans ces moments d’hésitation et de bricolage industriel, plus personne ne parle de pollution, on fait le chantage à l’emploi aux populations qui voudraient protester…

En attendant, l’agglomération de Rombas-Amnéville dégage une pollution insupportable qui porte, bien entendu, préjudice à l’image de marque du site touristique et thermal.

Donc, au nom de l’ensemble de la population, nous exigeons des décisions industrielles cohérentes sur l’avenir de la filière fonte de la région. Que l’on affiche un plan d’investissement et qu’on dise la vérité aux gens.

En effet, personne ne croira que M. MITTAL est plus intelligent que l’ancienne direction d’ARCELOR.

Je demande donc une expertise transparente sur la pollution de l’agglomération Rombas-Amnéville, et si malheureusement toutes nos prévisions se concrétisent, nous demandons la fermeture de cette usine.

Mon expérience politique et économique de la région lorraine qui est le berceau de la sidérurgie m’incite au pessimisme sur l’avenir de la sidérurgie française.

A l’époque de la nationalisation du Groupe WENDEL-SIDELOR, l’Etat s’accaparait d’un empire industriel dont les propriétaires historiques avaient le fer dans la peau.

Aujourd’hui, trois fois hélas, le gestionnaire fait partie de l’économie virtuelle de la fricocratie spéculative.

Il suffit d’observer les mouvements d’investissement de la sidérurgie pour constater que tôt ou tard il n’y aura plus de place pour la sidérurgie française. Il faut savoir que pratiquement tous les pays européens ont une diversité des propriétaires des usines sidérurgiques.

En France, nous appartenons presque à 100 % à la nébuleuse financière de MITTAL. Je suis de ceux qui proposerons le moment venu une nouvelle nationalisation de la sidérurgie française, car ce qui a été fait à la famille DE WENDEL, l’Etat pourra le faire sans scrupules à la fricocratie MITTAL, d’autant que le patrimoine industriel appartient réellement à l’Etat.

Pour le moment, nous demandons un plan industriel cohérent et financièrement crédible sur la filière fonte en Moselle. Si vous persistez à vouloir pérenniser la filière liquide, nous exigerons tous les investissements nécessaires pour lutter contre la pollution de l’agglomération Rombas-Amnéville.

Nous demandons tout simplement la vérité et la transparence. De grâce, ne nous rejouez pas le film de l’aciérie de Gandrange ! On use les installations jusqu’à la corde et on les ferme.

Veuillez agréer, Monsieur le Président Directeur général, l’expression de mes sentiments les meilleurs.




Docteur Jean KIFFER
Ancien Député
Conseiller Général de la Moselle
Maire d’Amnéville-les-Thermes

Lettre à Monsieur André ROSSINOT (Complément)

Monsieur le Maire et Cher Collègue,

En complément à mon courrier du 29 avril 2010 relatif au projet de Thermalisme à Nancy, je me permets de vous rappeler les termes de notre entretien à l’Assemblée Nationale au sujet du Zénith.

Lorsque la Salle de Spectacles Galaxie avait été inaugurée et que le succès fut au rendez-vous, le Grand Nancy a alors engagé le projet d’un Zénith.

Je vous avais informé que Galaxie avait été conçu et réalisé en accord avec le Maire de Metz. En effet, nous avions convenu ensemble à cette époque qu’une Méga Salle dans le Grand Est suffirait à satisfaire la population. Je me souviens parfaitement vous avoir conseillé de choisir le projet jaugé à 2500 places prévu à proximité du quartier des anciens abattoirs.

Comme pour le Thermalisme aujourd’hui, je vous avais suggéré d’être complémentaire dans le cadre de grands équipements culturels. Le Grand Nancy s’est obstiné à réaliser son Zénith. Tout le monde connaît le résultat, ce que le grand public ignore, c’est que Galaxie, avec ses 15 000 places, a coûté 51 millions de francs et que le Zénith a coûté 170 millions de francs.

Nous n’avons perçu aucune subvention pour notre salle de spectacles, ni de l’Etat, ni du Conseil Général, ni du Conseil Régional alors que pour le Zénith, l’Etat et les Collectivités ont été généreux.

Enfin, je rappelle qu’en ce qui concerne le Thermalisme à Amnéville aucune subvention ne nous a été allouée et j’ose espérer qu’il en sera de même pour votre projet.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire et Cher Collègue; l’expression de mes sentiments les meilleurs.




Docteur Jean KIFFER
Membre Honoraire de l’Assemblée Nationale
Conseiller Général de la Moselle
Maire d’Amnéville-les-Thermes

Lettre à Monsieur André ROSSINOT

Monsieur le Maire et cher Collègue,

Lorsque j’ai parlé de thermalisme médical dans le bassin sidérurgique à Amnéville au début des années 1970, j’avais déclenché une hilarité générale.

Les élus de Nancy étaient de ceux qui ricanaient le plus ostensiblement.

J’ai été seul contre tous, je n’ai obtenu aucune subvention, ni de la Région et, au départ, même pas du Département…

Or, mon aventure solitaire est couronnée de succès aujourd’hui et citée en exemple par le CNETH.

Aujourd’hui d’ailleurs, le thermalisme médical n’est plus qu’un élément de cet ensemble du site thermal et touristique qui a créé 2 500 emplois directs et indirects.

Il est donc évident que je ne crains aucune concurrence d’où qu’elle vienne, ce n’est d’ailleurs pas mon genre.

Un thermalisme médical à Nancy est tout simplement susceptible de ruiner les stations vosgiennes.

En ce qui me concerne, les études sur un thermalisme médical à Nancy me laissent de marbre.

Ce qui est navrant dans cette affaire, c’est que les hommes politiques manquent à ce point de hauteur et d’imagination. Le thermalisme a réussi à Amnéville et voilà que l’agglomération de Nancy, en panne d’idées, ne trouve rien de mieux à faire que de copier purement et simplement ce qui a été fait Amnéville.

Des hommes responsables doivent avoir des horizons plus larges et doivent raisonner dans le cadre de l’aménagement du territoire en complémentarité en faisant preuve d’imagination.

Par exemple, pour Nancy, je peux vous suggérer la création d’un centre de rééducation fonctionnel en milieu thermal. Une telle réalisation est parfaitement adaptée à une ville universitaire médicale. En outre, elle présente une utilité publique évidente.

J’ai déjà conçu depuis quelques années un tel projet de centre de rééducation fonctionnelle. J’y renoncerais volontiers pour vous être agréable.

Je profite de cette occasion pour vous rappeler que j’ai succédé comme Député à Raymond MONDON, que je me souviens parfaitement de la guerre qui opposait Metz et Nancy avec la démission du Député SOUCHAL.

Les esprits semblaient à l’heure actuelle calmés mais lorsqu’un pôle veut dominer l’autre, les hostilités sont automatiquement déclenchées et à l’heure actuelle, les élections régionales l’ont révélé, Nancy est en train de tout rafler.

Dans cet ensemble de suspicion et de rivalité entre Metz et Nancy, je ne peux que formuler le souhait que l’on retrouve la sérénité car les années 70 ont été néfastes pour ces deux pôles.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire et cher Collègue, l’expression de mes sentiments les meilleurs.


Docteur Jean KIFFER
Ancien Député
Conseiller Général de la Moselle
Maire d’Amnéville-les-Thermes